Le
hasard de l'actualité a voulu que depuis la pose de mon D.I.U.
(stérilet pour les intimes), les médias se sont déchaînés
au sujet de la pilule contraceptive : entre le procès fait aux
pilules de troisième et quatrième génération et le retrait de la
Diane 35 du marché français, le débat a beau être ouvert, mais
les alternatives à la pilule restent étrangement absentes – ou
presque – de l'information donnée aux consommateurs, renforçant
ainsi la peur des publics peu informés (puisque les médias adorent
jouer sur la peur pour pousser à la consommation).
Alors
laissez-moi vous récapituler mon parcours contraceptif depuis le
début :
En
1993, âgée de quinze ans, je sors de ma première visite chez la
gynécologue avec une ordonnance pour la Diane 35. Deux semaines plus
tard, après avoir été tellement malade que je vomissais ma pilule
(et l'avenir donnera raison à mon corps), je passe à une pilule
faiblement dosée que je prendrai pendant près de quinze ans.
En
2008, je décide de jeter aux orties toute forme de contraception hormonale. J'y avais déjà songé plusieurs années auparavant, mais
ma médecin (française) s'y était opposée sous prétexte que, je
cite, "[je] supporte très bien [ma] pilule".
Avec
le recul, je me rends compte à quel point elle avait tort, son refus
étant vraisemblablement motivé par son petit confort personnel (il
est plus commode pour un médecin de rédiger une ordonnance que
d'effectuer un acte médical, comme la pose d'un D.I.U.), car cet arrêt a littéralement changé ma vie.
Après
avoir longuement réfléchi, j'ai finalement franchi le pas du D.I.U.
il y a deux ans, mon seul regret étant de ne pas l'avoir fait plus
tôt, car, comme j'ai tenu à en faire part dans mes témoignages, il
n'y a vraiment pas de quoi fouetter un chat : la pose, bien que
très gênante, n'a pas entraîné de douleurs en ce qui me concerne,
le seul bémol éventuel étant les petites pertes de sang qui
pourraient se produire de manière aléatoire quelques jours après
la fin de mes règles.
C'est
le prix du confort.
À
vrai dire, deux ans après, je n'y pense plus.
Du
tout.
Et
je n'ai pas à y penser avant 2015, quand il faudra le remplacer.
Et
vous, quelle est votre position par rapport à la contraception ?
L'un
des grands avantages de ma formation est que j'y côtoie des
personnes venues d'horizons très différents.
Je
ne vais pas vous mentir : je souffre, comme tout un chacun, de
préjugés plus ou moins ancrés, et le fait d'être au contact
d'individus ne partageant absolument pas le même vécu que moi
contribue à m'ouvrir l'esprit et à faire tomber un certain nombre
de barrières mentales, car vivre – même très – différemment
de quelqu'un ne signifie pas que l'on est fondamentalement
différents.
J'ai
cependant pu observer que l'écart se creuse de façon drastique
quand on n'est pas sur une même longueur d'ondes au niveau des
valeurs morales, et les discours sexistes, racistes, homophobes ou
plus largement sectaires n'ont de cesse de me faire grincer des dents
(n'en déplaise aux Témoins de Jéhovah auxquelles j'ai offert une
oreille attentive récemment avant de les faire fuir quand je les ai
interrogées au sujet de la sexualité et du don de sang).
Si
j'ai certainement beaucoup de défauts, je ne pense cependant pas
avoir l'esprit trop étriqué, et les gens qui portent des œillères
ont le don de m'irriter (pas que ce soit très compliqué, car il
m'arrive d'être naturellement irritable, mais passons...).
Or,
nous vivons dans une société qui attend de nous d'entrer dans ce
moule au format rectangulaire qu'incarnent les écrans –
publicitaires, de télévision, d'ordinateurs, de téléphones et
autres tablettes supposés refléter avec justesse le monde
contemporain. Autant d'œillères des temps modernes qui empêchent
pas mal de gens de voir ce qui se passe hors champ ou dans les
coulisses, car ils sont hélas par trop nombreux à ne pas se poser
de questions : la consommation effrénée de médias plus
débilitants les uns que les autres donne à certains individus
l'illusion presque parfaite de savoir ce qui se passe dans le monde
alors qu'il n'en est rien parce qu'ils se contentent de gober ce qui
leur tombe tout cuit dans le bec sans douter un seul instant du bien fondé de
l'information.
L'absence
de discernement se chargeant du reste, il n'est pas rare que le
public se fasse avoir par le nivellement par le bas appliqué depuis
maintenant une dizaine d'année par les médias de masse. Tout ça
pour offrir aux annonceurs du temps de cerveau disponible.
Et
parce qu'elle est passée à la télévision, une information est
forcément vraie.
Mais
comment en être certain ?
Jamais
l'information n'a été aussi immédiate, et pourtant, cette
accessibilité à portée de clic semble nous avoir rendus
terriblement superficiels. L'actualité est devenue jetable,
l'une s'effaçant au profit de l'autre à mesure que tombent les
dépêches : la guerre du Mali a cédé la place aux
événements en Turquie, le Printemps arabe est déjà loin, tandis
que l'Irak, le Rwanda ou l'Afghanistan ont quasiment disparu de nos
écrans après les avoir monopolisés il n'y a pas si longtemps que
ça.
Entre
deux images de conflit, les esprits se calmeront devant les
déclarations d'une quelconque vedette de télé-réalité avant de
s'échauder à nouveau à l'annonce d'une nouvelle tragédie, non
sans avoir été allègrement arrosés de messages publicitaires dans
l'intervalle.
Marilyn
Manson l'avait déjà très bien résumé en 2002, au cours de sa
brillante intervention dans "Bowling for Columbine" de
Michael Moore : (…)
Vous regarder la
télévision, vous regardez les infos, et ça vous fait peur :
il y a des inondations, il y a le sida, il y a des meurtres. Et puis il
y a la publicité : "achetez Acura", "achetez Colgate". Si vous avez
une mauvaise haleine, on ne va pas vous parler, si vous avez des
boutons, vous n'aurez pas de succès auprès des filles. C'est une
campagne de peur et de consommation, et je pense que l'idée de base
est : "Entretenez la peur, et les gens consommeront".
J'avoue
que ces dernières semaines ont failli me faire perdre foi en
l'Humanité : entre les opposants au mariage pour tous, la
liquidation de Virgin Megastore, la violence décomplexée de
l'extrême droite et les comportements sexistes qui m'ont directement touchée, j'ai bien dû me rendre à l'évidence que l'hostilité
(portée ou non à son paroxysme) est redoutablement contagieuse en
plus d'être à portée de main.
Heureusement,
j'ai pu trouver du temps pour des personnes et des projets qui me
sont chers et m'ont insufflé une énergie et des envies nouvelles...
Comité
de visionnage : "Le Temps de Cerveau Disponible".